la naissance en Alsace: coutumes et traditions

De la préparation à la naissance au baptême, en passant par l'accouchement. Voici les traditions alsaciennes liées à la naissance de l'enfant.

04 août 2005

2/a- « sag mir babbe, wi bin isch gebohre ? »

Tous les enfants veulent savoir d’où ils viennent, mais en Alsace, les enfants ne naissent pas dans les choux ni les filles dans les roses. Les enfants alsaciens proviennent tous, selon les légendes et les régions, d’un point d’eau, d’une roche ou d’un arbre. 

La plus répandue de ces légendes était celle du Kinderbrunnen, ou « puits à enfants ». Les âmes des enfants séjournent dans ces puits, également reconnus pour leur vertu fécondante, en attendant d’être incarnés dans un corps de bébé.

Le plus ancien puits à enfants connu en Alsace, date de 1325 et est situé à Meistratzheim.

La Cathédrale de Strasbourg est connue aussi pour posséder un tel puits, appelé Taufbrunnen ( puits à baptiser ). Il existerait un lac souterrain dans lequel circule un gnome à longue barbe blanche, assis dans une barque. Les femmes désireuses d’avoir un enfant faisaient une commande au puits. Le gnome choisissait alors, à l’aide de son épuisette en or, un des bébés qui peuplaient les profondeurs du lac, puis le transportait au puits.

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La cigogne prenait alors la relève : elle attrapait le bébé au bord du puits et le transportait jusqu’à son nouveau foyer. D’après les recherches de Philippe ARNOLD, la cigogne ne faisait qu’assister, passive, à la remise de l’enfant par le gnome aux heureux parents.

Avant 1870, la cigogne n’était connue en Alsace que comme messagère du printemps. Ce n’est qu’après qu’on lui prêta ses qualités de coursière. Le rôle exact qu’elle jouait variait légèrement selon les régions. La vallée de Munster préférait d’ailleurs la remplacer par un chat.

              Dans les régions montagneuses, principalement dans les anciennes régions celtiques du sud de l’Alsace, les sages-femmes cherchaient les enfants dans des roches situées en pleine forêt ; par exemple le Puppelstein de la région d’Oberbrück.

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2/b- Les préparatifs de la parturition

Les préparatifs de la parturition, ou le rituel magico-religieux entourant la naissance

 

              La période de l’accouchement est l’un des instants où la mère et l’enfant sont les plus vulnérables. Ils sont des proies faciles et convoitées des forces maléfiques. Les croyances populaires prenaient alors place pour protéger ces deux êtres.

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 La maison de la future parturiente était l’objet de tous les systèmes de protection contre le malin. On traçait à la craie, ou au charbon, un cercle autour de la chambre de l’accouchée ou de son lit. On pouvait aussi utiliser un long couteau, le Krasmesser ou Kreissmesser ( de l’allemand kreissen, signifiant accoucher ), afin de décrire des cercles magiques de vie autour de l’accouchée. Le métal du couteau permettait de mettre en échec les démons. Il arrivait aussi que le père ou la sage-femme dessine le Drudenfuss ( pentagramme ou étoile à cinq branches ) sur la porte d’entrée ou sur le linteau de la cheminée.

La période de l’accouchement est l’

CALENDRIER  DE GROSSESSE

 

 

 Deux grands rites, généralement employés en parallèle, permettaient également de protéger la maison de l’accouchée. Le premier, appelé coutume de « dénouement », qui symbolise la délivrance
( entbinden en allemand ), où l’on dénouait tous les nœuds de la maison, ainsi que les serrures. Toutes les personnes, en lien avec l’accouchement, et qui rentraient dans la maison, devaient dénouer tous les nœuds de leurs vêtements et leurs lacets. Le second rite, appelé coutume de « fermeture », servait de protection contre les esprits. Toutes les ouvertures extérieures de la maison étaient cloisonnées et mastiquées ( portes, fenêtres, trous,…).

 

 Pour faciliter le travail de l’accouchée, les Alsaciens avaient pour habitude d’invoquer les saints protecteurs des femmes en couches : Sainte Odile, Sainte Anne et Sainte Marguerite ; ou les anges Sini, Sinsini et Smangalof, anges venant au secours des femmes enceintes.

 

 D’autres méthodes, issues de la médecine populaire, étaient employées pour faciliter le travail de la parturiente; ainsi il arrivait qu’on attache un ruban, sur lequel figurait une prière à Notre Dame, autour du ventre de la femme enceinte, et qu’on place la femme sur un coussin rempli d’herbes et de fleurs bénies à l’Assomption.

 Il était fréquent également de donner quelques gouttes de Schnaps, ou de vin mélangé à du miel, à la parturiente. Dans la région d’Ingwiller, on avait pour habitude de mettre un sachet de persil sur l’abdomen de la parturiente, afin d’intensifier ses contractions.



L’instant de la délivrance approchant à grands pas, la sage-femme, la deuxième actrice principale de l’accouchement, est appelée. Son rôle important mérite que l’on s’attarde un moment sur l’étude de la pratique de son métier dans notre région.

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2/c- La sage-femme

La sage-femme était élue parmi les jeunes filles du village, par les personnalités de la commune. Elle partait alors faire ses études à Metz ou à Strasbourg, aux frais de la commune ; mais elle faisait également des stages pratiques chez la sage-femme du village. L’apprentissage se faisait en mêlant la tradition et les coutumes ancestrales, avec les nouveaux acquis scientifiques, exercés dans les hôpitaux des grandes villes.

La première école de sages-femmes d’Europe a été crée à Strasbourg en 1728, afin qu’elles acquièrent un minimum d’éducation, dont on leur reprochait souvent le manque.

Comme toutes les professions médicales dans une société marquée par le christianisme, les sages-femmes étaient contrôlées par des structures appartenant à l’Eglise, afin de les dévier des pratiques de sorcelleries, de pouvoir prier avec les futures mères, et de faire accepter aux femmes que l’accouchement avec douleur est nécessaire ( car c’est une conséquence du péché originel de la femme ). Cette éducation religieuse était extrêmement importante, à cause des baptêmes d’urgence qu’elles étaient amenées à exécuter. Les sages-femmes ayant reçu l’enseignement religieux devaient prêter serment et étaient alors appelées « sages-femmes jurées ».

Au XVème siècle, à Strasbourg, «le docteur Widman préconise l’institution de sages-femmes assermentées, car elles sont fréquemment maladroites ou peu serviables, surtout à l’égard des accouchées pauvres et il y a parmi elles des sorcières et des magiciennes » ( extrait de Une ville du XVème siècle : Strasbourg de Jacques HATT ). Cet extrait indique bien le fossé qui existait entre médecine populaire et médecine scientifico-religieuse. La religion n’acceptant pas tout ce qui n’est pas conforme.  

Cette main mise de la religion sur la sage-femme a engendré, en 1785, l’obligation d’avoir, pour chaque commune pratiquant la religion catholique et la religion protestante, deux sages-femmes, une de chaque religion. Il était alors mieux vu de se faire accoucher par la sage-femme qui pratiquait la même religion que soi-même, même si l’on avait légalement le choix.

La sage-femme détenait la connaissance des plantes médicinales, des rites et des superstitions entourant la naissance. Lors d’un accouchement difficile, elle était dans l’obligation de faire appel aux autres sages-femmes de la ville, comme à Colmar, par exemple.

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A cette époque, les villageois malades consultaient plus facilement la sage-femme que le médecin, trop onéreux et qui symbolisait le fait d’avoir une maladie incurable. Elle était rémunérée de façons différentes, en nature ou en espèces, en fonction des communes.

Même si actuellement, on accouche sur des lits arrangés, l’accouchement se faisait jusqu’au XXème siècle sur une chaise spéciale, appelée chaise obstétricale.


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2/d- la chaise d’accouchements

La chaise d’accouchements, ou chaise obstétricale, a été introduite dès l’Antiquité par les

médecins arabes. Il s’agit en fait d’un « solide fauteuil en bois dont une partie du fond a été enlevé » ( En Alsace : Du berceau à la tombe de F. SARG ), souvent démontable. Elle était également munie de deux solides poignées pour aider la parturiente lors de son accouchement ( elle pouvait s’y agripper ).

Son utilisation remonte au moins au XVIème siècle, car une illustration de 1513, extraite du Der Schwangeren Frauwen und Hebammen ROSENGARTEN de Eucharius ROESSLIN, représente un accouchement avec cette chaise.

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Bien qu’entreposée chez la sage-femme, la chaise était la propriété de la commune, ou de la paroisse. Il n’en existait qu’un exemplaire dans chaque commune rurale et dans chaque hôpital.

Lors de la naissance, la mère ne pouvait se coucher dans son lit qu’après l’accouchement sur la chaise.

 

Actuellement, il ne reste que quatre de ces chaises en Alsace ( une à l’hôpital PASTEUR de Colmar, une au Musée de Ferrette, et les deux autres au Musée Alsacien de Strasbourg). Dans ce dernier, on trouve d’ailleurs un exemplaire entièrement démontable, qui appartenait à une sage-femme d’Hurtigheim, Anne WILLIG, et datant de 1857. Ce modèle pourrait avoir servi comme chaise de démonstration, afin de familiariser les futures mères avec l’appareil, et de les rassurer. Les autres chaises existantes sont plus robustes.

Dès la fin du XVIIIème siècle, début XIXème, des médecins, tels que le Strasbourgeois J.F. SCHWEIGHÄUSER, ou le Viennois Lukas BOER, critiquèrent fermement l’utilisation des chaises obstétricales, car leur aspect effrayait les parturientes, et la position assise est dangereuse ( car elle peut provoquer des lésions dans les tissus ). SCHWEIGHÄUSER a d'ailleurs écrit : „dass zerreisen des Mittelfleisches so häufig vorkommt, schreibe ich dahr grössenteils dem Gebrauche des Gebährstuhles zu“ ( En raison de la fréquence élevée des déchirures périnéales, l’usage de la chaise d’accouchements est vivement déconseillé ). 

L’utilisation de la chaise d’accouchements a été abandonnée d’abord dans les hôpitaux, mais il faudra attendre le début du XXème siècle pour que son utilisation cesse définitivement.

 

Si les accouchements d’enfants en bonne santé sont accueillis avec joie, d’autres naissances sont une réalité plus douloureuse.

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2/e- Avortements et euthanasies

 LES AVORTEMENTS


De tout temps les Eglises se sont opposées à l’avortement. Les Etats jusqu’au XXème siècle interdisaient cette pratique en condamnant à mort les femmes, qui avortent, et de châtiments corporels les sages-femmes, qui ont pratiqué un avortement.

En Alsace un dicton populaire dénonce cette pratique : « Liewer zehn of em Kisse, als eins of em Gewisse » ( mieux vaut avoir dix enfants sur le coussin qu’un seul sur la conscience ).

Malgré tout cela, les femmes alsaciennes avaient recours à l’avortement, notamment les filles-mères (voir paragraphe sur les filles-mères) et les mères ayant déjà une progéniture importante. La mortalité importante des femmes lors des avortements n’empêchait pas cette pratique.

 

Une première méthode d’avortement était l’usage de tisanes de plantes réputées abortives : romarin, racines de pissenlit, persil, buis, sureau, ou encore fougère. Ces plantes ont en fait des vertus purgatives et/ou vomitives, et sont, ainsi préparées, nocives pour la santé. Les drogues aux vertus abortives étaient également conseillées par les sages-femmes.

La seconde méthode, plus médicale, consistait à demander à la sage-femme de provoquer les premiers saignements, un médecin terminant le travail par un curetage.

 

LES EUTHANASIES

 

« Bi e guede Hewamm gibt es kenn Krippel im Dorf »

( s’il y a une bonne sage-femme dans le village, il n’y a pas d’estropié )

 

 La venue au monde d’un enfant présentant des malformations physiques, était une catastrophe économique pour la famille, car les établissements spécialisés n’existaient pas encore. C’était à la mère, élément central de la ferme, de s’occuper de lui ; ce qui diminuait la main d’œuvre à la ferme. La naissance d’un tel enfant signifiait le déclin de la ferme. A cela s’ajoutait le fait que selon les chrétiens, un tel enfant était une punition divine. L’enfant était alors caché, par honte.

 

 On comprend mieux alors que la sage-femme pratiquait des euthanasies, sous la pression implicite familiale et sociale. Ces enfants, venant au monde avec des tares physiques, étaient considérés comme des accidents de la Nature. On pensait que leur seul souhait était de retourner là d’où ils venaient. Ces euthanasies n’étaient alors pas considérés comme des péchés.

 

 

 Après la venue au monde du nouveau-né, l’accouchement n’est pas terminé. Cordon ombilical et placenta ouvrent à d’autres rites culturels.

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2/f- Accouchement, soins et pratiques appliqués à la mère et à l’enfant

La mère n’est délivrée de son enfant que lorsque le cordon ombilical a été coupé. Cet acte symbolique était assuré par la sage-femme avec grand soin. On prêtait souvent des vertus magiques au cordon : il pouvait, par exemple, servir à fabriquer des filtres magiques pour les sorcières. Il arrivait

que des mères superstitieuses mettent le cordon une fois séché dans une boîte, le Geldlaedel, au côté de la monnaie de baptême et du serment de talisman.

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 On prêtait également une très grande importance au placenta, organe nourricier, symbole de vie et de fécondité. Selon les anciens, le placenta et l’enfant étaient fortement liés, même après la naissance. Après l’accouchement, le placenta était enterré immédiatement par le père dans un endroit de la maison abrité des rayons du soleil ou de la lune, bien à l’abri des mauvais esprits. Ces lieux étaient en général sous l’escalier.

 

Cette coutume a été pratiquée déjà au seizième siècle ; d’ailleurs, BROSALIN dans son ouvrage Im Predig von Wannenkremmer ( 1517 ), écrit : « WIR BRINGEN ALLE SAMEN BEI ROT WAMMESCH UFF ERDEN ( PELLEN SECUNDIAM ), DAS MUSS DANACH DER MANN UNTER DIE STEGEN WEGRABEN. » ( Quand nous venons au monde, nous apportons tous une veste rouge ( la seconde peau ), que l’homme doit ensuite enterrer sous l’escalier ).

 Le fait d’enterrer le placenta permettait de le rendre à la terre mère, terre nourricière, afin qu’il puisse se dissoudre et retrouver ses vertus nourricières premières.

 

Une autre coutume, attestée au dix-neuvième siècle, avait pour but d’enterrer le placenta au pied d’un arbre, ou de le planter sous l’arbre commémoratif. Le lien étroit entre l’enfant et « son » arbre était alors plus renforcé.

 Le placenta ne devait en aucun cas être touché, ou même mangé, par des animaux domestiques, qui pouvaient incarner des esprits malfaisants.


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