la naissance en Alsace: coutumes et traditions

De la préparation à la naissance au baptême, en passant par l'accouchement. Voici les traditions alsaciennes liées à la naissance de l'enfant.

04 août 2005

3/b- Soins apportés à la mère et à l'enfant

          

SOINS APPORTES A LA MERE


« Ze ercht de Stamm, dann de Ascht »

( D’abord le tronc, ensuite la branche )

Jusqu’au XXème siècle la parturiente faisait l’objet de toutes les attentions. En effet, « Man soll nie vergesse dass a Kindbettere a Fues im Grab hat » ( il ne faut jamais oublier qu’une accouchée a un pied dans la tombe ).

Après l’accouchement, l’accouchée faisait sa toilette avec du vin bouilli, ou une décoction de sauge. La sage-femme lui demandait alors de rester immobile, les jambes croisées et les bras le long du corps. Puis, pour éviter la Sinkung ( « descente d’organe » ), la sage-femme avait pour habitude de poser une pile de draps sur l’abdomen de la femme.  

Durant les premiers jours suivant l’enfantement, l’alimentation de la mère ne consistait qu’en bouillon de poule, ou de soupe faite de pain et d’eau, avec parfois un peu de crème.

La mère était alitée durant les neufs jours suivant l’accouchement. Elle ne reprenait ses activités qu’au fur et à mesure. Après la cérémonie des relevailles, elle était à nouveau réintégrée dans la société.


SOINS APPORTES A L'ENFANT


La famille et la sage-femme faisaient en premier lieu attention aux réactions de l’enfant. Son premier cri, notamment, était symbole de victoire de la vie sur la mort. Son aptitude à grandir se traduisait selon la façon, plus ou moins énergique et forte, du premier cri. S’il n’exprimait pas son désir de vivre, il subissait alors l’épreuve des bains chauds et froids, pour le réveiller un peu.

Après ces premiers signes de vie, venait la ligature du cordon, geste essentiel de la sage-femme car sa bonne réputation en dépendait, et surtout ceux des filles. La sage-femme lavait ensuite le bébé. Ce premier lavage s’effectuait le plus souvent avec du vin chaud, que l’on mettait également dans la bouche de l’enfant. Dans d’autres régions, on préférait placer du sel, symbole d’immortalité et de sagesse divine, et quelques miettes de pain dans sa bouche.

onguent_2

L’enfant est ensuite habillé avec soins dans un maillot. Cette tradition de l’emmaillotement est très ancienne, et a pour but de lui donner des jambes bien droites et de lui assurer la chaleur.

Durant les neufs jours, où la mère était alitée, c’est la sage-femme qui s’occupait des soins du nourrisson.

L’allaitement maternel était une étape quasi obligatoire, malgré l’existence de nourrices chez des familles aisées. Pour activer et faciliter les sécrétions lactées, la médecine proposait plusieurs solutions, comme boire beaucoup de bière ou des tisanes spéciales.

En fait, l’allaitement était plus qu’un passage de nourriture ; selon les croyances populaires, par le lait, c’est la personnalité et la sensibilité de la mère qui passe.

 Après ces premiers soins, la famille avait pour objectif de protéger le nouveau-né, fragile aux agressions extérieures.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:27 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]


3/c- Méthode de protection du nourrisson

Les nourrissons étaient considérés comme étant des proies faciles pour les esprits maléfiques. Jusqu’au baptême, ils étaient l’objet de nombreux rites de protection. Mais l’essentiel pour l’enfant était qu’il ne sorte pas de la maison familiale jusqu’au baptême. Une expression de la région insiste d’ailleurs sur ce fait : « Es Kind soll nit under Ziele heruskomme », ce qui signifie que l’enfant ne doit pas dépasser les tuiles de la maison.

Malheureusement, les puissances infernales pouvaient tout de même pénétrer dans la maison du nouveau-né. Les elfes et les lutins étaient particulièrement redoutés car ils étaient connus pour remplacer les enfants  endormis dans leur berceau, par leurs propres enfants monstrueux.

La crainte de l’étouffement du nourrisson était omniprésente. Cette mort était imputée à des esprits infernaux, qui se couchaient sur la poitrine des bébés, tels que le Schratzmännel, dans les régions de Soultz et Mühlbach, le Doggele, à Illzach, ou encore le Doggelmann dans la région de Niedermagstatt. Un autre nom, d’origine bohémienne, était aussi employé : le Kinderpopanz.

 

Pour protéger l’enfant de ces esprits, certaines familles laissaient une lumière allumée dans sa chambre. Dans la région de Hunspach, c’est la grand-mère qui chassait les démons en écrasant dans la chambre du nouveau-né un oignon, symbole de vie, d’un coup de sabot. Les familles de Sunhoffen, quant à elles, frappaient à intervalle régulier dans les portes, durant la nuit, et fixaient des balais, à base de genêts, retournés sur les murs. Il était également possible, pour les plus littéraires, d’écrire des poèmes à valeur magique sur la porte de la chambre du nourrisson.

Le berceau était aussi protégé, afin que l’enfant soit toujours en sécurité. Les familles catholiques, par exemple, avaient l’habitude d’accrocher au berceau des feuilles de prières, ou des médailles bénies.    

symboles_berceau_protection

Les berceaux étaient en général peints, recouverts d’inscriptions et d’icônes de protection aux significations magiques.

Il arrivait également de déposer au fond du berceau un objet métallique tranchant, de type faucille ; le métal mettant en échec les démons malfaisants.

Le Wagelseil, cordelette reliant le berceau au lit maternel et permettant de bercer l’enfant à distance, se voyait, souvent pour l’occasion, noué trois fois, symbolisant la Sainte Trinité. 

La protection du nourrisson ne se faisait pas qu’à travers les objets l’entourant. Ses contacts avec le monde extérieur influaient beaucoup. Les chats étrangers, notamment, étaient bannis de la maison car ils pouvaient être des sorcières jalouses du bonheur de la famille.

Seuls les très proches avaient le droit de voir l’enfant avant le baptême. Ils devaient pour l’occasion apporter des cadeaux ( des denrées alimentaires pour la mère et des vêtements pour le bébé ), afin de montrer leurs bonnes intentions à l’égard de la petite famille. Par contre, ils ne devaient pas formuler de trop grands vœux pour l’enfant, sans quoi cela attirerait des esprits maléfiques jaloux. Leurs remarques devenaient alors des plus courantes : complimentions de la mère, recherche des ressemblances entre enfant et parents, etc…

Après la naissance proprement dite, il est intéressant de se pencher sur ce que les croyances populaires alsaciennes prévoyaient pour chaque enfant, en fonction de leurs premières particularités.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:26 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

3/d- Superstitions en rapport avec le jour de naissance et l'apparence du nouveau-né

 LE JOUR IDEAL

 

 On attachait beaucoup d’importance au jour et à l’heure de la naissance. De même que l’arbre commémoratif retrace au fur et à mesure la vie de l’enfant, la date de naissance permettait de connaître de suite sa destinée. Bien évidemment, chaque recoin de l’Alsace cache une croyance différente à ce sujet ; mais elles s’inspirent toutes de convictions religieuses, se calquant sur les écrits de la Bible.

 

 Les enfants nés à minuit, heure de prédilection des esprits maléfiques, partaient déjà du mauvais pied dans la vie. Par contre, s’ils naissaient à l’aube, le bonheur leur souriait.

 Les affamés et les « estomacs dans les talons » naissaient en général dans la matinée, ou midi.

 

 Le jour le plus favorable est bien évidement le dimanche, jour de résurrection du Sauveur pour les chrétiens, et jour du soleil pour les païens ( comme on le constate en allemand avec Sonntag ). Un enfant né un dimanche était considéré comme chanceux : « A Sonntag’s Kind, a Glickskind » ( Un enfant du dimanche, un enfant chanceux ), « Sie sän die Sonn sogar wän sie hindr de Wolke isch » ( Ils voient le soleil même quand il est derrière les nuages ). Ce dernier dicton indique que l’on attribuait même des dons de double vue à ces enfants, qui avaient alors la faculté de voir les esprits et les fantômes ( comme les enfants nés durant la période de l’Avent ou le temps de Carême ).

 Le vendredi, jour de la mort du Christ, est par contre le jour le plus défavorable. Le vendredi 13 est de surcroît le jour le pire de tous. On prêtait même, dans certaines régions, des dons exceptionnels aux enfants nés un tel jour ; dons obtenus grâce au commerce avec les puissances infernales. Naître un vendredi 13, c’est faire un pacte avec le diable…

diable_13

 

 Comme dit précédemment, le choix de ces jours et de ces heures était largement inspiré des écrits bibliques. Les événements chrétiens joyeux correspondent aux jours les plus fastes, et les événements chrétiens tristes aux jours les plus défavorables pour une naissance.

 

 Les sages-femmes avaient également leurs idées « médicales » sur la question : les enfants nés en période de lune croissante sont favorisés, et les accouchements pendant cette période sont plus faciles car la chair serait censée se dilater. Les nuits de pleine lune donnent naissance à beaucoup plus d’enfants que d’habitude et ces enfants seront chanceux dans la vie.

 

LES PARTICULARITES PHYSIQUES DE L’ENFANT



De nombreuses superstitions et croyances sont rattachées aux particularités physiques de l’enfant :

 

Ø Un enfant qui naît avec des cheveux est un présage de bonheur.

 

Ø Porter à la naissance une veine bleue visible sur le front ou sur la tempe indique que l’on est frappé du signe du cimetière : le Kirchhofzeichen ; autant dire que ce n’était pas bon signe.

 

Ø Naître avec une dent ou plus est perçu comme mauvais présage.

 

Ø Avoir un enfant avec un nævus, traduit une frayeur importante de la mère pendant sa grossesse ou un désir alimentaire non exaucé de la mère.

 

Ø Avoir un angiome est considéré comme étant la matérialité d’une forte envie alimentaire non satisfaite de la mère durant la grossesse.

 

Ø Les mammites du nourrisson sont le signe de possession des sorcières.

 

Ø Un garçon né avec des cheveux roux est considéré comme étant un Roder Keip ( filou à cheveux roux ) ; une fille rousse est considérée, quant à elle, comme étant a Roti Hex ( une sorcière rousse ). Les roux sont suspectés d’entretenir des relations avec les esprits maléfiques, et on leur attribuait ruse et intelligence.

 

Ø Un enfant mal formé était souvent considéré par les adultes comme un châtiment divin.

 

Ø Naître coiffé, c’est-à-dire avec un bout de la membrane amniotique collée sur la tête, est considéré comme un présage de bonheur pour l’enfant.

 

 

A noter également que la symbolique du chiffre sept attribue une place tout à fait particulière au septième enfant d’une famille.

 

 

 Tout homme porte un prénom au minimum qui a été décidé par les parents. Les Alsaciens ne dérogent pas à la règle. Mais quelles sont les motivations principales des parents alsaciens pour le choix du prénom de leur enfant ?


>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:25 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

3/e- Choix du prénom

Le choix du prénom de l’enfant était très important, car l’on pensait que cela influait sur le caractère futur de l’enfant. De plus, son prénom l’inscrivait dans la société comme individu caractérisé de ses appartenances religieuses et sociales.

 

Par obligation du Concile de Trente ( 1545-1563 ), les catholiques devaient donner comme premier prénom celui du saint du jour de la naissance. Les autres prénoms étaient ceux du parrain et de la marraine, ou d’un ancêtre que l’on souhaite honorer.

L’aîné d’une famille portait le prénom de ses parents. Cette pratique, appelée Hofname, permettait d’indiquer le favoritisme du fils aîné par rapport à l’héritage du Hof, patrimoine familial comprenant la ferme et la majorité des terres.

Jusqu’au début XXème siècle, les prénoms bibliques étaient fréquents, ce qui peut s’expliquer par la réglementation du Concile de Trente. Les trois plus courants étaient Jean ( Johannes ), Joseph ( Sep ) et Marie ( Maria, Marickel ) pour les filles.

Il ne faut pas oublier que nombres de ces prénoms étaient remplacés dans la vie courante par des diminutifs, qui pouvaient par ailleurs figurer sur les registres de baptême. En voici quelques exemples :

Caroline…………Karlinele   

Frédéric…….……Fritz

Marguerite……....…Gretel  

Catherine…..…….Kätel

Jean……..….…..Hans  

Albert..................Bäri

Le prénom était considéré comme un bien que l’on se transmettait comme un héritage de nos aïeuls, provenant de plusieurs générations en amont.

 

Une naissance réussie devait être signalée. Les parents, fières, offraient à l’enfant un cadeau « immortel », l’un des seuls cadeaux qui lui appartiendra vraiment : un arbre, l’arbre commémoratif qui accompagnera l’enfant durant toute sa vie.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:24 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

3/f- L’arbre commémoratif

L’arbre commémoratif est planté par le père ou le grand-père, lors de la naissance de l’enfant.

Cet arbre, symbole de vie, est soigneusement choisi en fonction du sexe de l’enfant. Ainsi, pour célébrer l’arrivée d’une fille, on préférera planter un arbre fruitier ou un rosier dans un champ qui lui reviendra en dot ; par contre, pour le garçon le choix est plus complexe : si l’on souhaite un garçon fort, on plante un chêne mais si l’on souhaite un garçon qui soit brillant, on choisira un noyer. Son arbre est toujours planté dans le domaine de la ferme.

Le choix de l’arbre était important car les croyances populaires établissaient un parallélisme entre la manière dont pousse l’arbre et celle dont l’enfant grandit.

 

Cet arbre, comme le Goettelpfennig, est considéré comme propriété de l’enfant.

 

Malheureusement, les naissances n’étaient pas toujours heureuses. Il arrivait que la mère et/ou le nourrisson meurent. Les Alsaciens ont donc des croyances particulières pour de tels événements.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:23 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

3/g- Mortalité de la mère et de l'enfant

 LES FEMMES QUI MEURENT EN COUCHES

Les risques de mortalité de la mère étaient très redoutés par la famille. On craignait notamment les hémorragies utérines et les fièvres puerpérales. C’est pourquoi on avait pour coutume de ne pas laisser dormir la femme dans les heures qui suivaient l’accouchement. Les femmes du voisinage se réunissaient près de l’accouchée et caquetaient, le Ratsch Stub, afin de la maintenir éveillée. Les sages-femmes étaient également obligées de rester veiller l’accouchée pendant les vingt-quatre heures suivant la naissance.

La mortalité maternelle touchait toutes les classes sociales, et étaient plus élevée si l’âge de la femme était avancé. La grossesse était considérée comme la période où le risque vital était le plus élevé pour les femmes.

Cette mortalité maternelle s’accompagnait de nombreuses histoires, ayant pour but de répondre aux questions des enfants et de rassurer les adultes. La majorité de ces légendes raconte que la mère revient la nuit donner du lait à son enfant ; c’est pourquoi les Alsaciens avaient pour habitude de les enterrer munies de bons souliers de marche, afin qu’elles puissent faire le trajet chaque nuit entre le Ciel et la maison familiale.

Il arrivait fréquemment que l’on dise que les femmes mortes en couches avaient un droit d’accès direct au Ciel.

Malgré tout, même si la disparition de la mère entraîne de grands risques pour la survie de l’enfant, cette mort, comme celle des enfants en bas âges, est perçue par les Alsaciens comme un événement naturel.

 BAPTÊME DES ENFANTS MORTS EN COUCHE, ET BAPTÊME D’URGENCE

D’après la bible, seuls les êtres baptisés ont accès au Ciel.

Un enfant, qui naît après un accouchement dystocique, ou avec une maladie grave, fait l’objet de toutes les attentions. En effet, la médecine n’étant pas aussi performante qu’actuellement, les risques de mortalité pour de tels enfants étaient extrêmement importants. C’est pourquoi on s’empressait de les baptiser, afin que, s’ils mouraient rapidement, ils aient tout de même accès au Ciel.

Ces baptêmes d’urgence étaient de préférence effectués par un ecclésiastique. Mais l’urgent étant, la sage-femme avait plus souvent cette tâche ; c’est pourquoi l’Eglise s’investissait tant dans leur enseignement religieux.

 Malgré l’urgence de ce type de baptême, l’Eglise voulait associer l’ensemble de la communauté, comme lors d’un baptême normal. C’est pour cette raison qu’elle recommandait de sonner tout de même un coup de cloche lors du baptême, afin de faire partager l’événement ( Règlement ecclésiastique du Comté de Hanau, 1659 ).

Malheureusement, si l’enfant mourait avant d’avoir le sacrement du baptême, la question de la destinée de son âme se posait en dilemme à ses parents. Les croyances populaires laissaient penser que ces enfants étaient exclus du Salut, et qu’ils vivaient alors dans une sorte de pré-enfer, à l’état d’esprits sauvages. Ce lieu spécial portait des noms différents, selon les régions d’Alsace : Geisshimmel ( ciel pour chèvre ) dans la région de Mutterholz, ou encore Gänzehimmel ( ciel pour oies ) à Offwiller.

Il était fréquent aussi d’entendre que les enfants non baptisés se transformaient en Kobold, esprit taquin et méchant envers les humains. Dans les régions de Weiterswiller et de Sainte-Marie-aux-Mines, on pensait que ces enfants devenaient des feux follets.

Heureusement, toutes les croyances alsaciennes à ce sujet ne sont pas toutes si effrayantes pour l’enfant. Une croyance veut, par exemple, que leurs âmes deviennent des anges qui vivraient dans un Ciel pour enfant, le  Kinderhimmel.

Les parents, entourés de telles croyances et craignant pour l’âme de leur enfant, tentaient le tout pour le tout pour baptiser malgré tout leur enfant. Certains parents allaient même jusqu’à enterrer leur enfant sous le chéneau de la gouttière de l’église paroissiale, afin que l’enfant reçoive de l’eau de pluie tombée lors d’un baptême.

D’autres parents faisaient appel au prêtre afin de le baptiser quand même. Mais, le baptême ne se faisant qu’aux vivants, les parents et le prêtre devaient invoquer des saints réputés pour pouvoir rendre la vie un bref moment. Les plus appelés étaient saint Etienne, sainte Kunégonde, sainte Rosalie, mais surtout sainte Marie. Certains lieux étaient même devenus des lieux de pèlerinage pour ce type de demande. La commune de Kienzheim, par exemple, était devenue au XVIIème siècle un lieu de pèlerinage consacré à sainte Marie (d’après les notes de l’abbé Bernardin).

Au XIXème siècle, une réforme de l’Eglise insista sur le fait que le Salut éternel ne reposait plus sur l’absolue nécessité d’être baptisé. La coutume de baptiser les enfants morts s’arrêta peu à peu.

Toutes les joies dues à une naissance n’étaient réservées qu’aux couples alsaciens. Les filles-mères étaient montrées du doigt comme l’exemple à ne pas suivre, et nombres d’entre elles vivaient leur grossesse plus comme un calvaire qu’une bénédiction.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 11:22 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

3/h- Filles-mères et enfants naturels

LES FILLES-MERES

 

Les religions imposaient aux croyants un certain mode de vie. Tout écart par rapport à ces principes était sanctionné. Un amour consommé avant le mariage était ainsi réprimandé par l’Eglise. Les sanctions étaient importantes. Au XIXème siècle l’Eglise entreprit même de les amoindrir, notamment pour les enfants naturels ( dont on étudiera le cas dans la prochaine partie ).

 

Comme les filles-mères « additionnaient » les tares aux yeux de l’Eglise, puisque, à la fois, jeunes et célibataires, cette maternité en était que plus fortement réprimandée. Pour amoindrir les faits, les parents de la fille, ainsi que le curé, avaient pour objectif, souvent vain, de trouver le père.

 

Toute la communauté villageoise ne faisait qu’un contre la future mère, littéralement exclue. Les réunions villageoises, les Spinnstube, excluaient leur présence ; les enfants du village s’en donnaient à cœur joie à s’acharner sur elle : ils l’apostrophaient, l’injuriaient, etc.… Dans la région d’Engwiller, ces femmes devaient même porter une couronne de paille sur la tête.

 

A cette oppressante sanction villageoise, s’ajoutait la sanction ecclésiastique pour ces femmes « pécheresses » par excellence, proies faciles de la méchanceté humaine. Lors des messes, elles ne pouvaient plus s’asseoir aux côtés des autres femmes ; en général un banc spécial leur était attribué, et portait des noms tels que Anhengerbank ( banc de la remorque ), Huchebänkel ( banc des prostituées ), ou encore Schandbänkele ( banc de la honte ), selon les goûts régionaux.

Elles avaient « droit » également à une admonestation publique faite par le pasteur en personne, lors de la messe du dimanche bien évidemment devant toute la communauté ; alors qu’elles n’étaient pas citées par le pasteur quand il récitait des prières à l’attention des femmes enceintes dans la commune. Durant cet office, ces futures mères célibataires devaient rester debout au premier rang, et payer, en plus, une amende à la paroisse.

Elles n’avaient pas le droit non plus à la cérémonie des relevailles et ne pouvaient plus devenir marraine d’un enfant.

 

LES ENFANTS NATURELS

 

L’enfant naturel, créé dans le péché, n’a pas droit non plus à ces lettres de noblesse : on ne sonnait pas les cloches de l’église lors de son baptême, qui avait lieu d’ailleurs, la plus part du temps, après le culte. Le curé ou le pasteur choisissait son prénom, tout en exigeant une taxe pour ce privilège obligatoire ; chez les protestants, le nombre de parrains et de marraine pour un tel enfant était divisé par deux, et le pasteur se permettait d’émettre des paroles spéciales lors de la cérémonie.

Après le baptême, l’origine de ces enfants les poursuivait encore puisqu’ils étaient affublés de surnoms, tels que e Bankert ( le bâtard ), e Holzapfel ( mauvaise sorte de pomme ), ou encore Rohjschäler ( pomme de terre de mauvaise qualité ). 

De surcroît, une fille-mère accouchant toujours d’un enfant naturel, beaucoup prenaient la décision, pour elle et pour leur enfant, de déménager, ne pouvant plus supporter ce mépris continuel.


>> haut de page


< chapitre suivant >

Posté par kidiboo_caro à 11:21 - 3- ENTRE LA NAISSANCE ET LE BAPTEME - Commentaires [0] - Permalien [#]

2/a- « sag mir babbe, wi bin isch gebohre ? »

Tous les enfants veulent savoir d’où ils viennent, mais en Alsace, les enfants ne naissent pas dans les choux ni les filles dans les roses. Les enfants alsaciens proviennent tous, selon les légendes et les régions, d’un point d’eau, d’une roche ou d’un arbre. 

La plus répandue de ces légendes était celle du Kinderbrunnen, ou « puits à enfants ». Les âmes des enfants séjournent dans ces puits, également reconnus pour leur vertu fécondante, en attendant d’être incarnés dans un corps de bébé.

Le plus ancien puits à enfants connu en Alsace, date de 1325 et est situé à Meistratzheim.

La Cathédrale de Strasbourg est connue aussi pour posséder un tel puits, appelé Taufbrunnen ( puits à baptiser ). Il existerait un lac souterrain dans lequel circule un gnome à longue barbe blanche, assis dans une barque. Les femmes désireuses d’avoir un enfant faisaient une commande au puits. Le gnome choisissait alors, à l’aide de son épuisette en or, un des bébés qui peuplaient les profondeurs du lac, puis le transportait au puits.

cigogne_alsace

La cigogne prenait alors la relève : elle attrapait le bébé au bord du puits et le transportait jusqu’à son nouveau foyer. D’après les recherches de Philippe ARNOLD, la cigogne ne faisait qu’assister, passive, à la remise de l’enfant par le gnome aux heureux parents.

Avant 1870, la cigogne n’était connue en Alsace que comme messagère du printemps. Ce n’est qu’après qu’on lui prêta ses qualités de coursière. Le rôle exact qu’elle jouait variait légèrement selon les régions. La vallée de Munster préférait d’ailleurs la remplacer par un chat.

              Dans les régions montagneuses, principalement dans les anciennes régions celtiques du sud de l’Alsace, les sages-femmes cherchaient les enfants dans des roches situées en pleine forêt ; par exemple le Puppelstein de la région d’Oberbrück.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 10:50 - 2- LA NAISSANCE - Commentaires [1] - Permalien [#]

2/b- Les préparatifs de la parturition

Les préparatifs de la parturition, ou le rituel magico-religieux entourant la naissance

 

              La période de l’accouchement est l’un des instants où la mère et l’enfant sont les plus vulnérables. Ils sont des proies faciles et convoitées des forces maléfiques. Les croyances populaires prenaient alors place pour protéger ces deux êtres.

ex_voto_alsace

 La maison de la future parturiente était l’objet de tous les systèmes de protection contre le malin. On traçait à la craie, ou au charbon, un cercle autour de la chambre de l’accouchée ou de son lit. On pouvait aussi utiliser un long couteau, le Krasmesser ou Kreissmesser ( de l’allemand kreissen, signifiant accoucher ), afin de décrire des cercles magiques de vie autour de l’accouchée. Le métal du couteau permettait de mettre en échec les démons. Il arrivait aussi que le père ou la sage-femme dessine le Drudenfuss ( pentagramme ou étoile à cinq branches ) sur la porte d’entrée ou sur le linteau de la cheminée.

La période de l’accouchement est l’

CALENDRIER  DE GROSSESSE

 

 

 Deux grands rites, généralement employés en parallèle, permettaient également de protéger la maison de l’accouchée. Le premier, appelé coutume de « dénouement », qui symbolise la délivrance
( entbinden en allemand ), où l’on dénouait tous les nœuds de la maison, ainsi que les serrures. Toutes les personnes, en lien avec l’accouchement, et qui rentraient dans la maison, devaient dénouer tous les nœuds de leurs vêtements et leurs lacets. Le second rite, appelé coutume de « fermeture », servait de protection contre les esprits. Toutes les ouvertures extérieures de la maison étaient cloisonnées et mastiquées ( portes, fenêtres, trous,…).

 

 Pour faciliter le travail de l’accouchée, les Alsaciens avaient pour habitude d’invoquer les saints protecteurs des femmes en couches : Sainte Odile, Sainte Anne et Sainte Marguerite ; ou les anges Sini, Sinsini et Smangalof, anges venant au secours des femmes enceintes.

 

 D’autres méthodes, issues de la médecine populaire, étaient employées pour faciliter le travail de la parturiente; ainsi il arrivait qu’on attache un ruban, sur lequel figurait une prière à Notre Dame, autour du ventre de la femme enceinte, et qu’on place la femme sur un coussin rempli d’herbes et de fleurs bénies à l’Assomption.

 Il était fréquent également de donner quelques gouttes de Schnaps, ou de vin mélangé à du miel, à la parturiente. Dans la région d’Ingwiller, on avait pour habitude de mettre un sachet de persil sur l’abdomen de la parturiente, afin d’intensifier ses contractions.



L’instant de la délivrance approchant à grands pas, la sage-femme, la deuxième actrice principale de l’accouchement, est appelée. Son rôle important mérite que l’on s’attarde un moment sur l’étude de la pratique de son métier dans notre région.

>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 10:45 - 2- LA NAISSANCE - Commentaires [0] - Permalien [#]

2/c- La sage-femme

La sage-femme était élue parmi les jeunes filles du village, par les personnalités de la commune. Elle partait alors faire ses études à Metz ou à Strasbourg, aux frais de la commune ; mais elle faisait également des stages pratiques chez la sage-femme du village. L’apprentissage se faisait en mêlant la tradition et les coutumes ancestrales, avec les nouveaux acquis scientifiques, exercés dans les hôpitaux des grandes villes.

La première école de sages-femmes d’Europe a été crée à Strasbourg en 1728, afin qu’elles acquièrent un minimum d’éducation, dont on leur reprochait souvent le manque.

Comme toutes les professions médicales dans une société marquée par le christianisme, les sages-femmes étaient contrôlées par des structures appartenant à l’Eglise, afin de les dévier des pratiques de sorcelleries, de pouvoir prier avec les futures mères, et de faire accepter aux femmes que l’accouchement avec douleur est nécessaire ( car c’est une conséquence du péché originel de la femme ). Cette éducation religieuse était extrêmement importante, à cause des baptêmes d’urgence qu’elles étaient amenées à exécuter. Les sages-femmes ayant reçu l’enseignement religieux devaient prêter serment et étaient alors appelées « sages-femmes jurées ».

Au XVème siècle, à Strasbourg, «le docteur Widman préconise l’institution de sages-femmes assermentées, car elles sont fréquemment maladroites ou peu serviables, surtout à l’égard des accouchées pauvres et il y a parmi elles des sorcières et des magiciennes » ( extrait de Une ville du XVème siècle : Strasbourg de Jacques HATT ). Cet extrait indique bien le fossé qui existait entre médecine populaire et médecine scientifico-religieuse. La religion n’acceptant pas tout ce qui n’est pas conforme.  

Cette main mise de la religion sur la sage-femme a engendré, en 1785, l’obligation d’avoir, pour chaque commune pratiquant la religion catholique et la religion protestante, deux sages-femmes, une de chaque religion. Il était alors mieux vu de se faire accoucher par la sage-femme qui pratiquait la même religion que soi-même, même si l’on avait légalement le choix.

La sage-femme détenait la connaissance des plantes médicinales, des rites et des superstitions entourant la naissance. Lors d’un accouchement difficile, elle était dans l’obligation de faire appel aux autres sages-femmes de la ville, comme à Colmar, par exemple.

catherine_spinner

 

A cette époque, les villageois malades consultaient plus facilement la sage-femme que le médecin, trop onéreux et qui symbolisait le fait d’avoir une maladie incurable. Elle était rémunérée de façons différentes, en nature ou en espèces, en fonction des communes.

Même si actuellement, on accouche sur des lits arrangés, l’accouchement se faisait jusqu’au XXème siècle sur une chaise spéciale, appelée chaise obstétricale.


>> haut de page

Posté par kidiboo_caro à 10:42 - 2- LA NAISSANCE - Commentaires [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »